A l’origine un seul instant tordait son feu sur diverses latitudes

A l’origine l’ombre n’existait pas le noir ne portait ni son nom ni sa robe

A l’origine une pupille de lumière une fissure dans l’unité

 

Alors l’on c’est-à-dire nous les hommes nous nous emballons

Nous sans autres désirs que d’être sans mort nous pensons

Au paradis à l’enfer à l’entre-deux ou même au vide au noir

A l’origine l’ombre n’existait pas le noir ne portait ni son nom ni sa robe

Mais de tant de siècles de tant de naissances et de morts de tant de nous

Il ne restera pas même un grain de quartz dans le sable pas même une larme dans la mer

A l’origine une pupille de lumière une fissure dans l’unité

Le soleil laissera tant de nous l’ombre couvrira nos mots d’une grande seconde

D’une escorte de tempêtes d’éclairs et de nuages gonflés furieux

Mais de tant de siècles de tant de naissances et de morts de tant de nous

Il ne restera pas même une langue pas même une pensée pas même un système

A l’origine un seul instant tordait son feu sur diverses latitudes

 

Sans cesse paroles sincères peu ou prou peu importe sans cesse des mots perdus

Des mots sans parents des mots orphelins sans cesse ils veulent y revenir

A l’origine à l’instant de lumière des mots d’enfants sur un linceul déjà pendu séché

Sans cesse volubiles dans une toile de rues dans un chagrin de désespoir et perdus

Des orphelins qui pleuraient l’origine le tout la matrice des mondes le premier son

Dans ce silence de fou de ruines de châteaux lactés de mines à ciels ouverts

Dans ce silence de moribonds ils parlaient de mystères de clés d’énigmes

Des orphelins cherchaient un sens et des mots où jeter leur rêve du premier son

 

A l’origine un seul instant tordait son feu sur diverses latitudes

A l’origine l’ombre n’existait pas le noir ne portait ni son nom ni sa robe

A l’origine une pupille de lumière une fissure dans l’unité

 

Quelques danseurs naissent différemment loin de la douleur loin de l’angoisse

Quelques danseurs amènent un ventre rayonnant un soleil parmi les astres

Quelques danseurs éclatent de rires et lancent des instants de lumière

Ils jouent d’instruments exotiques et passionnants ils jouent différemment

Et sous un arbre à l’abri les millions d’orphelins écoutent et se rappellent

Ecoutent et entendent le seul secret et la seule musique du premier son

Ils jouent d’instruments à vents et à cordes et les chevauchent comme mages mongols

Ils dansent aux yeux de tous et tendent des millions de mains des millions de cœurs

Comme autant de traits à l’éclat de rubis dans l’ombre qui avance une robe si noire

 

Les pierres remplissent les cascades l’eau meugle infernale se disperse en terre

Les pierres démunissent les montagnes les temples les coffres à jouets

Les pierres se dévissent s’en vont laissent passer l’air sereinement roi

Les oiseaux tus le silence apparaît intangible et végétal

 

Alors l’on c’est-à-dire nous les hommes nous nous emballons

Nous sans autres désirs que d’être sans mort nous pensons

Au paradis à l’enfer à l’entre-deux ou même au vide au noir

Quand nous ne serons plus quand la pluie lavera nos restes

Nous ne penserons plus nous serons nullipares

Nous sans autres désirs que d’être sans mort nous saurons

Qu’à l’origine il y avait un silence avant la symphonie

Rien de plus et nous errerons orphelins curieux abrutis

Nous dandinerons allègrement d’en savoir un peu plus

Sur cette danse au ventre rayonnant nous nous emballerons

Des confiseries aux couleurs de printemps et d’été

Des alcools d’hiver et des souvenirs d’automne

Sur cette danse au ventre rayonnant nous nous panserons

Mais de tant de siècles de tant de naissances et de morts de tant de nous

Il ne restera pas même un grain de quartz dans le sable pas même une larme dans la mer