08 janvier 2009
Symphonie n°1 Quatrième mouvement : Lumière
Le regard l’animal le regard le feu éventré
Les yeux décapitent lentement les yeux se promènent
Aveulis et bleus comme l’ardoise à polir
Aveugles et sincères aux lueurs matutinales
Le regard est sourd comme un bloc de silence
De la mousse une croûte verdâtre parcheminée de
calcaire
Une voûte chamarrée une enceinte de pierres
dégoulinantes
Le crâne est posé au centre le feu chaud apporte le
sommeil
Le crâne frappé de silex ne ferme pas l’œil devant
la nuit
Soudain la poussière vit le sol de terre ondule
Soudain le vent l’inconnu arpente les cloisons
Le crâne s’agite et suit la danse des grains
Le crâne enlacé de tempêtes nasales
Se laisse ici et là emporter comme l’épi arqué
Sous l’air léchant ou comme sable mort
Bercé jusqu’au point du coquillage chantant
Les caravanes de chameaux étendues sur le jaune du
feu
Passent l’une après l’autre dans les secondes des
rêves
Les nomades vêtus de silhouettes étranges sillonnent
les parois
Le feu crépite de secrets du jadis de rumeurs enfouies
Les caravanes échangent le temps contre quelques
traces
Et des chemins se font et ruissellent dans l’ombre
près du feu
Et les yeux lances de pleurs se mettent en instance
d’un ciel
Et d’une gorge ouverte infiniment sort une cambrure
étincelante
Et les yeux lances d’un ciel viennent comme tours
dévorantes
Cerner la chambre des morts la chambre sans fenêtres
Cheval de bataille cheval de mer cheval errant et
laboureur d’âmes
Une lourdeur au-dessus une danse au galop fou de martèlements
Et le noir se fissure sous ce cheval ténébreux
éveilleur de la nuit
Un chemin serpente un lacet comme un couteau logé dans
le crâne
Le soleil entre par les fibres
Une brise dans l’ouverture de la yourte
Le soleil appelle la peau
Et un visage naît dans le tissu bleu
Un visage voyageur
Un corps absolu
Le soleil entre par les fibres
Hommes couleurs
Hommes rayons
Hommes de marches
Hommes de l’ombre
Jaillis comme étoiles
Comme jets de flèches
Dans le jaune du feu
Dans le soleil si loin
Hommes archers
Le regard l’animal le regard le feu éventré
Les yeux décapitent lentement les yeux se promènent
Aveulis et bleus comme l’ardoise à polir
Aveugles et sincères aux lueurs matutinales
Le regard est sourd comme un bloc de silence
Le tailleur serre et cogne à toutes forces
Le tailleur ouvre le beau
Le tailleur creuse à grands bruits
Avant le retour au silence
Avant que le jour ne se lève
Avant que le jour ne se perce de traits
Le regard reste sourd comme un bloc de silence
Tendu comme la corde
Dégagé comme le ciel
Il taille dans la nuit l’orfèvre aux pupilles de feu
Commentaires
C'est une geste épique
de la Lumière que tu nous proposes là! J'ai bien aimé suivre les traces de cette caravane humaine sous le feu du jour et des tailleurs de la nuit...
c'est en regardant une de tes dernières photos que ces vers se sont imposés à moi pour décrire l'éclosion de la lumière intérieure :)
c'est le dernier mouvement de cette première symphonie.
bonne journée à toi aussi !
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